On ne vit que deux fois

La mort, une loi naturelle pas comme les autres. Comment réagir face à la fatalité de notre mort ? Existe-t-il des moyens pour la shunter ?

L'idée de la mort est insupportable pour la plupart des gens car en nous tous est inscrite l'idée de l'éternité et l'illusion de l'invulnérabilité. Nous voulons vivre et vivre avec ceux que nous aimons. Alors, est ce possible de continuer à vivre après sa mort ?

- papa, j'ai lu ce que tu as partagé sur Facebook. Pas mal
- c'est venu comme ça. Les mots se sont succédés. Je n'ai pas réfléchi.
- et toi papa, tu donnerais tes organes ?
- quand on voit ces personnes qui souffrent et leurs familles désemparées, je me dis que, mort pour mort, autant soulager la souffrance d'autrui.
- mais c'est quand même dur !
- pourquoi ? Tu as peur de souffrir ? Tu ne sentiras rien
- hhhhhh
- Tout compte fait, une fois mort, autant continuer à vivre.
- comment ça ?
- tu pourras être simultanément en Europe ou aux États-Unis, en bord de mer ou à la montagne, en voiture ou derrière un bureau
- c'est-à-dire ?
- c'est-à-dire que tu pourras boire simultanément du thé sans sucre et manger une glace.
- explique-toi ! Je ne comprends rien de rien !
- tu devrais comprendre rein de rien
- ça veut dire ?
- ça veut dire que la nature veut qu'un jour tu deviendras poussière. À ce moment, tes organes ne te serviront plus à rien. Mais si, avant, on prélève tes reins, ta cornée, ta peau, ton coeur ou tes poumons pour les greffer dans des corps défaillants mais encore vivants, tu te perpétueras en vivant simultanément différentes vies. Ceux qui t'aiment n'auront pas besoin de faire ton deuil parce qu'ils sauront que tu es toujours de ce monde, quelque part et ailleurs.

Tout le monde ne le sait pas par manque d'informations, mais au Maroc on fait beaucoup de greffes d'organes. Pas assez, vu les besoins. Mais si toi, moi, tes amies, nos proches voulaient donner leurs organes et du bonheur aux patients qui souffrent, la mort ne représenterait plus pour nous qu'une seconde vie.

Si tu vas au tribunal de première instance pour t'inscrire dans le registre des donateurs d'organes, dès lors tu prendras conscience que tu ne mourras jamais complètement.
Dis-toi bien, ma fille, que moi-même j'ignorais tout des avancées scientifiques dans ce domaine. Le congrès des anesthésistes-réanimateurs du nord, présidé par Dr Sadraoui Aziz, m'a permis de découvrir que le Maroc a fait de grands efforts dans le domaine du don d'organes. Le Pr El Adib Mohamed Ghassane nous a expliqué qu'on pourra greffer même les poumons. Une vraie bouffée d'oxygène pour les insuffisants respiratoires.
Et maintenant, ma fille, je te renvoie ta question : tu donnerais tes organes ?
- why not ! Je donne tout ce qui peut servir, sauf mon cerveau. J'y ai mon petit jardin secret que je voudrais garder rien que pour moi, même après ma mort.

- Adjugé ! Je sais maintenant que tu ne mourras pas totalement en une seule fois, mais de temps en temps, ici ou là. 


Commentaires (2)

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Lors de la journée annuelle de l'association des anesthésistes réanimateurs du nord (AMAREN) où j'étais invitée, nous avons eu l'honneur, moi et Dr Benabbou, de rencontrer un médecin marocain, trop poli (son nom l'indique d'ailleurs), trop modeste, trop généreux qui nous a épaté par le grand travail que réalise son équipe de travail dans le domaine du don des organes, au sein du CHU Marrakech. Merci beaucoup cher Professeur El Adib Mohamed Ghassane, anesthésiste réanimateur, et fier de toi comme potentiel marocain qui aime son pays, et se sacrifie pour le bonheur de ses malades.

  el mansori lobna
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Ce matin (ce n'est pas encore le matin mais faites comme si), une idée m'est passée par la tête, comme ça, et j'ai voulu la partager avec vous :
En pensant au nombre de médecins privés (près de 12.000) et au nombre d'insuffisants rénaux qui ont besoin de dialyse (12.000) et donc de greffe (qui est plus économique et moins astreignante), je me suis dit que, peut-être, si 12.000 = 12.000 ............
Je me suis dit que chaque morceau de notre corps inerte (donc inutile) pourrait être utile à plusieurs corps en sursis : une cornée par-ci (même si on ne voit pas plus loin que le bout de notre nez), un morceau de foie par-là (même si nous n'avons aucune pitié pour notre corps médical), quelques îlots de langerhans à droite, un coeur à gauche (tiens ! C'est une pure coïncidence, je le jure), un poumon pour respirer enfin dans un autre corps (normal, je suis tabagique), (mais mon cerveau, je l'emmène avec ce qui reste car j'y ai de beaux souvenirs et mes petits secrets), bref, on aurait ainsi plus de valeur morts en petits morceaux que vivants dans notre intégralité.
Mais paresseux comme nous sommes, aurons-nous la force de traîner notre corps jusqu'au tribunal de première instance pour nous inscrire sur le registre spécial consacré aux dons d'organes ? Et nos familles ne s'opposeraient-elles pas au dernier moment ?
Moralié : au détail, je vaux plus qu'en jouissant (pas vraiment) de mon intégrité physique (je vois d'ici ceux qui, sûrement, doivent douter de mon intégrité psychique)
Voilà ! Je vous ai dit ce que je me suis dit, mais ne le dites pas aux 11.999 autres.
Fin de l'idée

  Benabbou Abdelhadi
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